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Conférence de Michel Serres : Les nouvelles technologies - révolution culturelle et cognitive

·15 mins

Et si les nouvelles technologies ne faisaient que répéter ce que l’écriture et l’imprimerie ont déjà accompli ? Dans cette conférence donnée à l’INRIA, Michel Serres retrace trois grandes révolutions du rapport humain à l’information — et montre pourquoi la nôtre nous condamne, peut-être pour la première fois, à devenir vraiment intelligents.

Mon avis #

J’ai vu cette vidéo de la conférence de Michel Serre à l’INRIA il y a déjà plus de 10 ans et elle m’a profondément marqué par la justesse et la profondeur de ses propos. J’ai d’ailleurs écris un article largement inspéré par cette conférence Après l’écriture, l’imprimerie et Internet : l’IA comme quatrième révolution cognitive de la formation

Résumé #

Michel Serres — Résumé de la conférence à l’INRIA #

Michel Serres part d’une observation simple : stocker, traiter, émettre et recevoir de l’information est une caractéristique universelle — du vivant, de la matière, et des sociétés humaines. L’ordinateur, en mimant ces quatre opérations, est donc un outil universel, ce qui explique l’ampleur de la révolution en cours.

Le Temps : trois basculements de civilisation #

Il montre que cette révolution n’est pas la première. À chaque fois que le couplage support/message a changé — du corps à l’écriture, puis de l’écriture à l’imprimerie — c’est toute la civilisation qui a basculé : villes, droit, État, monnaie, science, religion, pédagogie. Nous vivons aujourd’hui un troisième basculement du même ordre, comparable à la naissance de l’écriture ou à la Renaissance, sans en avoir pleinement conscience.

L’Espace : du territoire juridique à la forêt de non-droit #

Nous avons quitté l’espace euclidien (une adresse postale, des distances, un territoire juridique) pour un espace topologique sans distance mesurable. Ce changement n’est pas anodin : l’espace ancien était un espace de droit — on pouvait y être taxé, arrêté, convoqué. Le nouvel espace numérique est pour l’instant un espace de non-droit, comme la forêt médiévale. Mais comme toujours, un nouveau droit finira par y naître de l’intérieur — c’est le sens de la légende de Robin des Bois. Il illustre aussi l’émergence d’une nouvelle politique individuelle, l’égocratie, avec l’exemple de Madame Huard qui obtient 160 000 signatures en quelques semaines depuis son blog.

La Cognition : condamnés à devenir intelligents #

Il retrace la disparition progressive de la mémoire humaine à chaque révolution : les aèdes grecs récitaient des milliers de vers par cœur, l’écriture a commencé à l’éroder, l’imprimerie l’a quasiment supprimée. Aujourd’hui, avec Internet, nous n’avons plus de mémoire — mais nous l’avons externalisée. Ce n’est pas une perte sèche : perdre une fonction formatée, c’est souvent gagner un outil universel (comme le bipède qui perd l’usage de ses membres antérieurs comme pattes et y gagne la main). Nos facultés cognitives — mémoire, imagination, raison — sont désormais devant nous, objectivées dans nos machines. Ce qui reste, sur le cou, c’est l’inventivité. Les nouvelles technologies nous condamnent à devenir intelligents.

Transcript #

Michel Serres — Conférence à l’INRIA #

Les nouvelles technologies : révolution du temps, de l’espace et de la cognition #

Introduction #

Dans nos années de classe prépa, il arrivait toujours une journée que nous appelions le jour de l’inversion. Ce jour-là, les bizuts bisutaient les anciens, qui pendant 24 heures courbaient un peu l’échine sous le vent de la vengeance. Mais cela ne durait qu’une journée, et quoi qu’il en soit de ce retournement, il n’arrivait jamais que les plus mauvais de la classe soient obligés d’expliquer les mathématiques au meilleur, et encore moins au professeur.

Eh bien, chers amis, ce jour-là est arrivé. Je n’imaginais pas qu’à mon âge je serais obligé, moi l’inexpert, de parler des nouvelles technologies aux meilleurs experts de mon pays. Je crois donc introduire mon propos en disant que vous allez passer un très mauvais moment pendant une heure — et donc, au travail.


Définition liminaire : l’information, caractéristique universelle #

Je ne connais pas d’être vivant — cellules, tissus, organes, individus, et peut-être même espèces — dont on ne puisse pas dire qu’il stocke de l’information, qu’il traite de l’information, qu’il émet et qu’il reçoit de l’information. Cette quadruple caractéristique est si propre au vivant qu’on serait tenté de définir la vie de cette manière.

Mais nous ne pouvons pas le faire, parce que les contre-exemples surabondent. Je ne connais pas d’objet du monde — atomes, cristaux, montagnes, planètes, étoiles, galaxies — dont on ne puisse pas dire de nouveau qu’il stocke, traite, émet et reçoit de l’information. Cette quadruple caractéristique est donc commune à tous les objets du monde, vivants ou inertes. Et le dur, qui autrefois ne parlait que de force et d’énergie, parle depuis assez récemment de code et de ce qu’on appelle en général le doux.

De même, je ne connais pas d’association humaine — famille, ferme, village, métropole ou nation — dont on ne puisse pas dire qu’elle stocke, traite, émet et reçoit de l’information. Voilà une caractéristique commune aux sciences humaines et aux sciences dures.

C’est pourquoi, lorsque nous avons inventé un objet qui traite, stocke, émet et reçoit de l’information — l’ordinateur — nous avons inventé quelque chose qui peut s’appeler un outil universel. Non pas seulement parce qu’il peut servir à tout, mais parce qu’il mime le comportement, la conduite ou le profil des choses de ce monde.


Révolution pratique et révolution culturelle #

Autrefois, lorsque j’entrais quelque part dans une échoppe, je pouvais reconnaître le métier de quiconque par l’observation extérieure : un homme avec un tablier de cuir brandissant une masse sur une enclume — voici un forgeron ; quelqu’un armé d’une varlope — voici un menuisier ; une femme en blouse blanche tachée de rouge et de vert au milieu des cornues — une chimiste ou une pharmacienne.

Aujourd’hui, où que j’entre, je vois un homme ou une femme penché devant son écran en train de tapoter sa console. Je ne peux plus distinguer les métiers. Voici l’universalité reconnue : une révolution pratique sur les métiers.

Révolution culturelle aussi sur le langage : entre l’édition précédente du Dictionnaire de l’Académie française et l’édition d’aujourd’hui, la différence est de 20 000 mots — un gradient de croissance qui n’a jamais existé dans aucune langue et à aucun moment de l’histoire. La plupart de ces mots sont des mots de métier, des mots de sciences. D’où révolution.


Première partie : Le Temps #

Les trois révolutions du couplage support-message #

Je voudrais considérer un couplage très simple : celui du support et du message. Ce couplage a une histoire.

1. Le stade oral

À l’époque où l’humanité n’avait pas encore inventé l’écriture, le support, c’était le corps humain — le cerveau et le corps en entier. La mémoire, la voix, les circonvolutions du cerveau : la totalité de l’organisme humain recevait, émettait, se souvenait et traitait de l’information.

2. L’invention de l’écriture (~1er millénaire avant J.-C.)

L’écriture est le premier support extérieur au corps humain : vélin, peau de bête, papier ou papyrus. Dès lors que change le couplage support-message, tout change dans nos civilisations.

  • Les villes : on ne peut organiser des grandes villes que lorsqu’on peut écrire le droit. Le Code d’Hammurabi, invention du droit écrit, invention des premières métropoles, invention de l’État.
  • La monnaie : suffisamment abstraite pour remplacer le troc compliqué, elle est une manière d’écrire une valeur sur un support de bronze ou de cuivre.
  • La géométrie : l’invention de la démonstration géométrique aux VIe-Ve siècles avant J.-C. est fille de l’écriture.
  • Le monothéisme : les prophètes écrivains d’Israël inventent les religions du Livre — Torah, Écriture Sainte, Coran. Les religions monothéistes sont essentiellement des religions filles de l’écriture.
  • La pédagogie : la paideia grecque est fille de l’écriture, car chaque enseignant dispose désormais de l’Odyssée d’Homère sans avoir à la savoir par cœur.

3. L’invention de l’imprimerie (XVe-XVIe siècle)

La même révolution se répète, dans le même spectre :

  • Venise devient une ville-monde ; mondialisation méditerranéenne.
  • Invention du chèque, de la banque, du traité de comptabilité — naissance du capitalisme.
  • Naissance de la science expérimentale moderne, fille de l’imprimerie.
  • Crise religieuse : la Réforme. Luther dit « tout homme a une Bible à la main » — la Bible imprimée est désormais accessible à chacun, qui n’a plus besoin d’une autorité organisée. Début de la démocratie moderne.
La révolution actuelle #

Si nous sommes aujourd’hui les contemporains d’une révolution portant sur le même couplage support-message, nous devons retrouver autour de nous exactement le même type de basculement. Et en effet : la mondialisation est là, la transformation de la monnaie et du commerce est là, la révolution scientifique est là (un professeur enseigne aujourd’hui 70 à 75 % de contenu qu’il n’a pas appris sur les bancs de l’université), la crise de la pédagogie est là, et la crise des religions aussi.

Conclusion : nous vivons aujourd’hui une période comparable à celle que le Moyen-Orient a connue au 1er millénaire avant J.-C., ou que l’Europe a connue à la Renaissance. Nous n’avons peut-être pas conscience de la nouveauté extraordinaire des temps dans lesquels nous vivons.


Deuxième partie : L’Espace #

De l’espace euclidien à l’espace topologique #

Prenons le mot adresse. Si vous me demandez mon adresse, je vous répondrai : 133, place de la République, Paris 11e. Cette adresse se réfère à un espace euclidien, cartésien, avec des latitudes, des longitudes, des découpages de nations, de départements, de municipalités, des distances entre les maisons.

Mais aujourd’hui, à cette adresse, je ne reçois plus que de la publicité que je jette à la poubelle. À quelle adresse suis-je, pour stocker, traiter, émettre et recevoir de l’information ? 06 20… pour le téléphone portable, et michel.ser@trucmuche.fr pour le courriel.

Or ces adresses-là ne se réfèrent plus à l’espace euclidien. Elles se réfèrent à un espace topologique — un espace sans distance, où la distance est à redéfinir. Arrêtez de dire que les nouvelles technologies « raccourcissent les distances » : c’est faux. Elles nous ont transportés d’un espace dans un autre.

Conséquences culturelles #

1. La fin des lieux de concentration

Les grandes bibliothèques, les campus, les amphithéâtres : ce sont des lieux de concentration conçus pour un espace euclidien. Lorsque nous vivons dans un espace topologique, en avons-nous encore besoin ? J’aurais pu rester chez moi pour faire cette conférence.

2. Un espace de non-droit

Le mot adresse contient le latin directus, qui donne à la fois direction (géométrie) et droit (juridique). Habiter à une adresse euclidienne, c’était être dans un espace juridique et politique : le gabelou pouvait venir vous requérir, la gendarmerie se transporter chez vous.

Changer d’espace, c’est changer de droit. La toile est pour l’instant un espace de non-droit, comme la forêt au Moyen-Âge. Et comme dans ces forêts médiévales, des gens mal intentionnés y prolifèrent, car la maréchaussée n’y va pas.

Mais un jour, dans ces forêts, des voyageurs courageux découvrirent que les bandits portaient une sorte de casque vert et obéissaient à un chef. Vous avez reconnu mon histoire : c’est la forêt de Sherwood, et le chef s’appelait Robin des Bois. Des bois = un lieu de non-droit. Robin = celui qui porte la robe de magistrat = le nouveau droit. Tous les droits que nous connaissons sont nés ainsi : originairement, dans le lieu de non-droit lui-même. Même le droit romain est né de deux jumeaux allaités par une louve — lupa en latin — dans la forêt.

3. Une nouvelle politique : l’égocratie

En 2007, Madame Huard, une femme née à Liège, épouse d’un menuisier flamand, organise administrative, écrit dans son blog qu’elle est triste de la division de la Belgique. Elle dépose cette pétition sur lapetition.be. Le mercredi suivant, elle a 40 000 signatures. Un mois après, 103 000. À la fin de novembre, 160 000. Elle organise un défilé à Bruxelles qui réunit 40 000 personnes.

Un homme politique qui cherche des voix pendant des dizaines d’années parvient péniblement à 700 000 voix. Cette dame, en quelques semaines, en obtient 160 000. Il n’y a pas photo.

Voilà ce que j’appelle l’égocratie : chaque individu peut avoir un degré de liberté très important et recruter ses semblables sans passer par les corps intermédiaires qui se sclérosent. Madame Huard est une hirondelle qui annonce un printemps démocratique.


Troisième partie : La Cognition #

La mémoire et son histoire #

Les philosophes décrivaient l’entendement humain sous trois facultés : mémoire, imagination et raison. Voyons ce que les nouvelles technologies font de la mémoire.

Au stade oral, les aèdes récitaient l’Odyssée sur des milliers de vers, sans notes. Les étudiants d’Albert le Grand au Moyen-Âge pouvaient reproduire à la virgule près, vingt ans après, les propos exacts de leur maître. Ils avaient de la mémoire.

L’écriture constitue une première perte. Dès qu’elle apparaît, on prend des notes pour ne pas oublier — aveu implicite que la mémoire orale se perd.

L’imprimerie entraîne une catastrophe plus grande encore. Montaigne écrit : « Je préfère une tête bien faite à une tête bien pleine. » Pourquoi ? Parce qu’avant, un historien devait savoir par cœur Tacite, Tite-Live, Hérodote — la totalité de la bibliothèque, accessible seulement en parchemin dans trois ou quatre villes d’Europe. Avec l’imprimerie, il suffit de savoir où le livre se trouve sur le rayonnage. Quelle économie — et quelle perte.

Aujourd’hui, avec la toile, Wikipédia, les moteurs de recherche, nous n’avons plus besoin de mémoire. Nous avons perdu la mémoire.

Perdre et gagner #

Qu’est-ce que perdre une faculté ? Mon vieux professeur de préhistoire, Leroi-Gourhan, racontait : « Nous fûmes autrefois des quadrupèdes. Lorsque nous nous sommes mis sur deux pieds, les membres antérieurs ont perdu la fonction de portage. » Mais regardez ce miracle : on a inventé la main — outil universel. Avec la main, on peut faire signe, tenir un marteau, caresser sa petite amie, jouer du violon. On a perdu quelque chose de formaté et découvert de l’universel.

De même, la bouche avait fonction de préhension chez le quadrupède. Elle l’a perdue — mais elle est devenue un outil universel : elle parle.

Nous avons perdu la mémoire, mais nous l’avons externalisée. L’écriture, c’est une mémoire externe. L’imprimerie aussi. Et aujourd’hui, vous avez des mémoires très supérieures à celles de vos prédécesseurs — elles sont devant vous, sur vos écrans.

C’est ce que j’appelle l’exodarwinisme de la technique : externalisation des organes, et ces objets externalisés évoluent à la place de nos corps. Chaque outil est une externalisation d’une fonction du corps : la roue externalise les rotations des hanches, des genoux, des chevilles ; le marteau externalise l’avant-bras et le poing.

Ce qu’il nous reste : l’inventivité #

Il était une fois une ville qui s’appelait Lutèce. Un soir, sous la persécution de l’Empereur Dèce, les premiers chrétiens se rassemblent en secret. La légion romaine enfonce les portes. Le centurion coupe la tête à l’évêque Denis. Et l’évêque Denis — miracle — se penche, ramasse sa tête, et la présente à ses ouailles. Les légionnaires s’enfuient épouvantés. C’est le miracle de saint Denis, peint au Panthéon.

Lorsque le matin vous vous mettez devant votre ordinateur, c’est votre tête — comme celle de saint Denis. Dans votre tête il y a la mémoire, l’imagination, la raison. Vous avez 100 000 logiciels pour faire des opérations que vous ne feriez pas sans votre tête. Mais votre tête est objectivée : vous avez perdu la tête. L’homme moderne est, pour parodier Musil, l’homme sans facultés — les facultés sont là, devant lui.

Mais qu’est-ce qui vous reste, sur le cou ?

Dans le tableau de Bonnat au Panthéon, la tête décapitée de saint Denis est auréolée d’une lumière transparente et un peu phosphorescente.

Ce qui reste, c’est l’inventivité.

Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligents. Comme nous avons le savoir devant nous, l’imagination devant nous, nous sommes condamnés à l’inventivité. C’est à la fois une nouvelle catastrophique pour les grognons, et une nouvelle enthousiasmante pour les nouvelles générations. Le travail intellectuel est désormais obligé d’être un travail intelligent — et non plus un travail répétitif.


Questions-réponses #

Paul Zimerman (INRIA Nancy) : Madame Huard peut-elle faire en quelques jours les recherches que j’essaie de faire depuis 20 ans ?

Michel Serres : J’attendais cette hirondelle depuis longtemps. Je crois que les nouvelles technologies permettent une nouvelle forme de politique que j’appelle l’égocratie : chaque individu peut recruter ses semblables avec une rapidité et une liberté que les corps intermédiaires n’offrent pas. Je ne sais pas où cela mène, mais il y a là quelque chose qui pourrait nous libérer un peu des aristocraties qui pèsent sur nous depuis si longtemps. Un peu comme la guerre d’Algérie a été rendue possible — en termes de communication — par le transistor.


Bernard Lang (INRIA) : Mon vécu est inverse : j’ai l’impression que ma tête a grossi, mais que j’ai perdu mon corps. Et je vois des gens sur Internet qui vivent dans un monde fictif où ils ont un autre corps. Quel est le rapport entre les nouvelles technologies et le corps ?

Michel Serres : C’est une question résiduelle et transhistorique. Elle a été posée dès l’origine de l’écriture. Le moine copiste penché sur son écritoire avait déjà « perdu le corps » par rapport au conteur oral. Cette question — le rapport entre la tête et le corps, l’âme et le vif — est pérenne : elle se pose à chaque transformation du couplage support-message.

D’ailleurs, Madame Bovary a fait l’amour beaucoup plus souvent dans sa tête qu’en réalité. Nous étions virtuels dans les trois quarts de nos actions bien avant les nouvelles technologies.

Sur le présentiel : je suis devenu mathématicien convenable parce que j’étais amoureux de ma professeure de mathématiques. Et je suis devenu un angliciste abominable parce que je haïssais mon professeur d’anglais. Le présentiel a beaucoup de vertus — mais aussi beaucoup de désavantages, comme en témoignent les 60 % de divorces dans les couples.

Ésope, l’esclave cuisinier d’un tyran, prépara sur commande le meilleur plat du monde : un plat de langue. Le lendemain, sur commande du pire plat du monde : de nouveau de la langue. La langue est la meilleure et la pire des choses. Théorème général : toute communication est la meilleure et la pire des choses — qu’elle soit présentielle, virtuelle ou corporelle. On peut dire je t’aime ou je te hais par n’importe quel médium.


Conférence donnée à l’INRIA. Retranscription automatique reformatée.